Voici le résumé de notre soirée du 16 juin dernier avec Jérôme Guedj.
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« Notre maison vieillit, et on regarde ailleurs ! »
Le Cercle des élus locaux recevait Jérôme Guedj, député de l’Essonne et conseiller régional d’Île-de-France, pour un échange autour du thème : « Vieillir va tout changer : les élus locaux sont-ils prêts ? »
Spécialiste reconnu du grand âge et ancien président du conseil général de l’Essonne, Jérôme Guedj a posé d’emblée le diagnostic : la France vit une « révolution de la longévité ». Détournant la formule de Jacques Chirac sur le climat, il alerte : « notre maison vieillit, et on regarde ailleurs ». L’allongement de l’espérance de vie est une chance, fruit de notre modèle de protection sociale, mais faute d’adapter nos politiques publiques, cette chance pourrait virer à la « crise du vieillissement ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le nombre de personnes âgées de 75 à 84 ans passera de quatre à six millions, celui des plus de 85 ans doublera en vingt-cinq ans, et dès 2030 les plus de 65 ans seront plus nombreux que les moins de 20 ans.
Pour le député, le vieillissement est l’une des trois grandes ruptures qui bousculent notre société, aux côtés de la transition numérique et du dérèglement climatique. Or le débat reste trop souvent confiné à la seule dépendance. « L’arbre de la dépendance ne doit pas cacher la forêt du vieillissement », rappelle-t-il : c’est toute la société qu’il faut adapter, et au premier chef nos territoires. Adapter les logements, aménager des espaces publics bienveillants pour les plus fragiles, repenser les mobilités, lutter contre l’isolement et contre l’âgisme qui invisibilise nos aînés : voilà des chantiers qui relèvent directement de l’action locale.
C’est ici que les élus locaux deviennent, selon lui, les premiers acteurs de cette transition. Jérôme Guedj plaide pour une véritable « politique à 360° » à l’échelle du bloc communal, en s’appuyant sur le réseau « Villes amies des aînés », encore trop méconnu malgré sa pertinence. Il invite les maires à mobiliser registres canicule, bailleurs sociaux et acteurs de proximité pour repérer les fragilités et tisser du lien.
Il déplore les renoncements, qui ont été très nombreux : la loi grand âge, promise par tous les présidents successifs depuis vingt ans, n’a jamais vu le jour, et la loi de programmation pourtant rendue obligatoire avant fin 2024 par la loi « bien vieillir » se fait toujours attendre. Jérôme Guedj dénonce cette « procrastination gouvernementale » face à un modèle d’EHPAD « à bout de souffle ». Sa ligne de conduite : assumer le modèle de la Sécurité sociale pour socialiser le risque et refuser la marchandisation du grand âge, instaurer des ratios opposables de personnel, et reconnaître enfin les métiers de l’aide à domicile.
Financer le grand âge, insiste-t-il, n’est pas une charge mais un « investissement social » et créateur d’emplois.
Jérôme Guedj a conclu par un appel à ne pas tout attendre de l’État : « n’attendons pas tout du gouvernement », a-t-il lancé aux élus, plaidant pour une initiative transpartisane et une mobilisation des territoires.
Car l’enjeu, au fond, est un principe républicain : faire en sorte que les hommes et les femmes « naissent, demeurent et désormais vieillissent libres et égaux en droit ».

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